02-12-2019

Portraits de nos bénévoles: Annie Gagné témoigne de son implication. #TLM20

Quand j’avais 22 ans, mon père s’est enlevé la vie. Faire du bénévolat chez SAM, après son décès, m’a permis de trouver un avenir qui a du sens.  

Voilà 28 ans que je suis bénévole chez Suicide Action Montréal. La première fois, c’est un ami qui m’a parlé de SAM. Ça m’a tout de suite interpellée : cela faisait longtemps que je souhaitais m’impliquer dans la communauté.

Je crois qu’il est toujours gratifiant de se connecter aux autres. La denrée la plus rare dans notre société, c’est le temps. Aujourd’hui, tout va tellement vite, on ne s’arrête pas toujours pour s’écouter les uns les autres.

Au fil des ans, j’ai connu plusieurs équipes. D’abord, celle de la ligne d’écoute. Les premières années, j’y passais quatre heures par semaine, puis un peu moins quand j’ai eu des enfants. Ensuite, j’ai connu le service aux endeuillés par suicides. Ces appels-là, ce sont ceux qui viennent le plus me chercher.

Comme tous les bénévoles chez SAM, j’applique une approche orientée vers les solutions, qui a fait ses preuves en intervention brève.

L’idée est moins d’insister sur le «pourquoi ça ne va pas?» que sur le «qu’est-ce qui fait que, malgré tout, la personne est encore là?». Car s’il y a une partie de cette personne qui veut mourir, c’est la partie qui veut vivre qui a décroché son téléphone et qui nous a appelés. Cette partie-là a encore de l’espoir et mon travail est de faire grandir cet espoir-là.

Certains appels peuvent nous remettre en question, ou venir brasser des choses. Moi, j’appelle ça mon «bénévolat extrême», un peu comme je ferais du «sport extrême». Il faut avoir les nerfs solides.

Mais une chose est certaine : la formation donnée par SAM est excellente. On est vraiment bien entourés. Il m’est déjà arrivé de faire appel au service de soutien à l’interne. C’est normal, nous ne sommes pas des robots, et c’est justement pour cela que les gens en détresse nous appellent!

Depuis récemment, je siège sur le Conseil d’Administration de SAM. Pour moi, un «bon bénévole» est surtout quelqu’un qui a de la disponibilité; non seulement dans son agenda, mais aussi dans son cœur, dans sa tête. J’ai l’impression que l’on offre quelque chose de complémentaire aux psychologues ou aux travailleurs sociaux : un contact humain, de personne à personne.

Je crois que c’est de ça que nous avons tous besoin : de liens, de contacts. Il faut toujours les maintenir avec les personnes que l’on aime, les chérir, en prendre soin. C’est ça qui donne un sens à nos vies.

Moi-même, qui travaille dans le domaine des communications, je peux parfois être «dans le paraître» au quotidien. Et SAM me permet de me reconnecter aux êtres humains.

Aujourd’hui, c’est devenu ma deuxième famille. J’y ai fait la rencontre de gens exceptionnels avec des valeurs humaines profondes.

Et, sans prétention aucune, je crois que ma situation est la preuve que la vie peut être belle malgré certains drames qui peuvent nous affecter.

Annie Gagné, bénévole chez SAM depuis 1991.
Propos recueillis par Céline Gobert, journaliste.